68 % des enseignants en France pointent l’indiscipline plus fréquente chez les garçons, tandis que 54 % jugent que les filles gèrent mieux la frustration. Les consignes éducatives, taillées sur mesure selon le genre, sculptent la façon dont chacun traverse les ruptures et engage la transition vers une nouvelle étape.
Pourquoi le passage à autre chose révèle-t-il des différences entre filles et garçons ?
Changer d’activité, tourner la page après un revers, accepter une situation nouvelle : cet apprentissage n’a rien d’anodin. Dès l’enfance, l’école, la famille et le groupe d’amis distribuent des rôles distincts. Les éducateurs le constatent très tôt : la maturité émotionnelle s’installe plus vite chez les filles. Dès l’école primaire, elles s’adaptent plus promptement aux changements, qu’il s’agisse de passer d’un exercice à un autre ou de surmonter une déception scolaire.
Pour les garçons, l’histoire se fait plus heurtée. Laisser derrière soi une situation, accepter une transition, voilà un terrain escarpé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : au collège, l’échec scolaire touche davantage les garçons. Cette difficulté à passer à autre chose ne se résume pas à une question d’âge ou de passage de l’enfance à l’adolescence ; elle s’ancre dans des attentes intégrées dès les premières années.
Voici comment se dessine cette différence dans la pratique :
- Filles : elles intègrent rapidement les règles scolaires, gèrent mieux les transitions, font preuve d’une grande capacité d’adaptation.
- Garçons : ils montrent une résistance plus forte au changement, restent attachés à la situation initiale et se retrouvent plus souvent confrontés à la sanction scolaire.
Partout en France, ces contrastes traversent les milieux sociaux, sans distinction nette entre Paris et la province. La question du genre imprime durablement sa marque sur la façon dont chacun aborde la rupture, que ce soit dans le cadre scolaire ou lors du passage à l’âge adulte.
Éducation genrée : constats sur l’influence des normes sociales et familiales
La mixité scolaire, loin d’effacer les écarts, les met en lumière. Dans une classe mixte d’école primaire, les attentes changent du tout au tout selon le genre : patience et application pour les filles, autonomie et prise d’initiative pour les garçons. Les parents projettent sur leurs enfants des modèles hérités, souvent relayés sans recul par l’institution scolaire. Le quotidien familial vient alors modeler l’attitude de chaque enfant face au changement, consolidant ces différences dès le plus jeune âge.
Une enquête menée en France éclaire le rôle du milieu social dans la manière d’appréhender la nouveauté. Pour certains foyers, la réussite scolaire reste la grande balise du passage à l’âge adulte. D’autres privilégient l’autonomie ou l’expérience partagée. Ce rapport au changement façonne la capacité à s’adapter, à accepter de nouveaux départs.
Différents espaces et dispositifs contribuent à renforcer ou à nuancer ces dynamiques :
- Classe : elle devient le lieu où les rapports de genre se manifestent et s’ancrent durablement.
- La non-mixité temporaire, souvent testée lors d’ateliers, change le rapport au groupe et à soi, sans pour autant éliminer les stéréotypes.
L’intersectionnalité ajoute une couche de complexité : conjuguer genre, origine sociale ou lieu de vie donne naissance à des expériences variées du passage à autre chose. La mixité ne gomme pas ces lignes de fracture, elle les met au jour. Que l’on soit à Paris ou ailleurs, famille et école écrivent, dès l’enfance, des scénarios contrastés pour les filles et les garçons.
Vers une remise en question des pratiques éducatives pour favoriser l’égalité
La pédagogie de l’égalité s’impose comme un chantier incontournable pour les acteurs du système éducatif. Face à des chiffres persistants sur les discriminations liées au genre, les équipes pédagogiques réévaluent leurs méthodes. Les stéréotypes, souvent ancrés dès la maternelle, s’infiltrent dans les échanges quotidiens et pèsent sur l’orientation.
À l’échelle nationale, politiques éducatives et cadre législatif avancent dans la même direction : garantir une égalité filles-garçons concrète et vécue. L’idée d’une école neutre s’efface peu à peu au profit de pratiques renouvelées. Certaines académies lancent des modules spécifiques, d’autres repensent les manuels ou forment les enseignants à déconstruire les préjugés.
Quelques axes de travail s’imposent progressivement :
- Éviter les biais inconscients lors des évaluations
- Veiller à la représentation équilibrée des filles et des garçons dans les disciplines scientifiques ou sportives
La tâche reste immense. L’école, premier espace de socialisation, ne suffit pas à elle seule à faire disparaître des inégalités enracinées dans la société. Pourtant, la dynamique est lancée : le respect mutuel et la valorisation de toutes les formes de réussite s’installent peu à peu au cœur des pratiques. De l’école primaire au collège, initiatives et expérimentations s’accumulent, avec un objectif en ligne de mire : réduire les écarts qui persistent entre filles et garçons.
Changer la donne demande du temps, mais chaque geste compte. Sur les bancs de l’école, dans les couloirs des familles, une nouvelle génération apprend peut-être déjà à écrire d’autres histoires.


